La Pluie

Publié le par camelia

La Pluie


Longue comme des fils sans fin, la longue pluie
Interminablement, à travers le jour gris,

Ligne les carreaux verts avec ses longs fils gris,

Infiniment, la pluie,

La longue pluie,

La pluie.

 

Elle s'effile ainsi, depuis hier soir,

Des haillons mous qui pendent,

Au ciel maussade et noir.

Elle s'étire, patiente et lente,

Sur les chemins, depuis hier soir,

Sur les chemins et les venelles,

Continuelle.

 

Au long des lieues,

Qui vont des champs vers les banlieues,

Par les routes interminablement courbées,

Passent, peinant, suant, fumant,

En un profil d'enterrement,

Les attelages, bâches bombées ;

Dans les ornières régulières

Parallèles si longuement

Qu'elles semblent, la nuit, se joindre au firmament,

L'eau dégoutte, pendant des heures ;

Et les arbres pleurent et les demeures,

Mouillés qu'ils sont de longue pluie,

Tenacement, indéfinie.

 

Les rivières, à travers leurs digues pourries,

Se dégonflent sur les prairies,

Où flotte au loin du foin noyé ;

Le vent gifle aulnes et noyers ;

Sinistrement, dans l'eau jusqu'à mi-corps,

De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors ;

 

Le soir approche, avec ses ombres,

Dont les plaines et les taillis s'encombrent,

Et c'est toujours la pluie

La longue pluie

Fine et dense, comme la suie.

 

La longue pluie,

La pluie - et ses fils identiques

Et ses ongles systématiques

Tissent le vêtement,

Maille à maille, de dénuement,

Pour les maisons et les enclos

Des villages gris et vieillots :

Linges et chapelets de loques

Qui s'effiloquent,

Au long de bâtons droits ;

Bleus colombiers collés au toit ;

Carreaux, avec, sur leur vitre sinistre,

Un emplâtre de papier bistre ;

Logis dont les gouttières régulières

Forment des croix sur des pignons de pierre ;

Moulins plantés uniformes et mornes,

Sur leur butte, comme des cornes

 

Clochers et chapelles voisines,

La pluie,

La longue pluie,

Pendant l'hiver, les assassine.

 

La pluie,

La longue pluie, avec ses longs fils gris.

Avec ses cheveux d'eau, avec ses rides,

La longue pluie

Des vieux pays,

Éternelle et torpide !

   

Auteur : Emile Verhaeren (1855-1916)

Cadeau de linda...

.merci mon Amie...Pour lui rendre Visitte....

http://www.soleilcouchant.net/

Publié dans poème

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camelia 14/11/2009 19:34


Bon dimanche a vous...bisous



Lili16.04 14/11/2009 15:01


Bonjour Camélia, un petit passage pour te souhaiter un très bon week-end.
Magnifique ton nouveau fond !
Gros bisous.
Pauline.




Mamy ANNICK 14/11/2009 11:20


La pluie et le vent  voilà la journée d'hier, même au retour de l'hôpital il y avait des branches sur le chemin, heureusement que je suis prudente - douce journée et bon weekend Mamy ANNICK


cocole 14/11/2009 11:07


coucou en passant !!! bisou et bon weekend


Linda et Picasso ::0071::0079:: 14/11/2009 10:07


un pt texte pour un bon we
pfff ici aussi que de la pluie!
comme d'hab il a un rapport avec mon article du moment ...
c'est pas trop la forme donc sorry si ce comms est pas celui que vous auriez voulu ....

La Lune



Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante ;
Elle sourit et se lamente,
Et vous fuit et vous importune.


La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente ;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.


Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante ;
Elle est absurde, elle est charmante ;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.



Théodore de Banville, tiré de Rondels (1875)